Je travaille en ce moment à la rédaction du nouveau site des Petits Débrouillards Ile-de-France. C’est dans ce cadre que j’ai connu le Congrès des jeunes engagés pour l’océan, organisé du 8 au 10 septembre 2026 à Paris par l’Ifremer, les Petits Débrouillards et l’Académie du Climat, avec le soutien de l’Inrae, de l’IRD et de l’OFB. Un congrès de trois jours, une centaine de jeunes, une cinquantaine de chercheurs, et une question posée : que voulons-nous pour l’océan en 2050 ?
Je n’ai pas assisté à tout le congrès, mais je suis venue le 10 septembre pour conduire des interviews et assister à la conférence de clôture, ouverte au public, du cofondateur de Longitude 181. J’avais bien fait de venir !
Les Petits Débrouillards, à l’initiative d’un congrès inédit
Ce congrès a une histoire courte et déjà remarquable. Marie Barbieux, coordinatrice scientifique des Petits Débrouillards PACA et océanographe, a eu l’idée, avec Diane Vaschalde de l’Ifremer, d’organiser un congrès de jeunes pour l’UNOC3 à Nice en 2025. Un an plus tard, le congrès revient à Paris avec une ambition augmentée : travailler sur des scénarios prospectifs à 2050, en s’inspirant de la méthodologie des conventions citoyennes.
Les propositions issues de ces trois jours seront portées à l’Assemblée nationale, puis aux Assises de l’économie de la Mer à Montpellier, les 24 et 25 novembre 2026. Autrement dit : ce n’est pas un événement de plus sur l’agenda des causes. C’est un processus, avec une destination.
74 jeunes, 50 chercheurs, trois jours pour imaginer 2050
74 jeunes de 18 à 28 ans ont répondu présent, mobilisés via les réseaux sociaux et les canaux WhatsApp des Petits Débrouillards. Pas de filière disciplinaire requise, pas de sélection sur dossier : juste une résonance avec leurs propres interrogations, leur envie d’agir, leur souci de l’océan et des limites de la planète.
Avec eux, 50 chercheurs, experts et philosophes se sont investis pendant trois jours. Ce qui a frappé Marie Bodeux, vice-présidente des Petits Débrouillards Ile-de-France, c’est précisément cela : la mobilisation spontanée des scientifiques. Ils sont venus, ils ont préparé la matière, ils se sont impliqués.
Les groupes de travail mêlaient 6 jeunes, 2 à 4 chercheurs et 1 facilitateur Petits Débrouillards, sur 12 sujets : canicule marine, géo-ingénierie, plastiques, pesticides… Denis Lacroix, délégué à la prospective à la direction générale de l’Ifremer, avait préparé 4 scénarios à 2050 pour cadrer les travaux, du monde technosolutionniste à l’océan comme bien commun contagieux.
Adèle, master 2 en physique et ancienne service civique aux Petits Débrouillards, avait déjà participé au Congrès de Nice. Elle le dit avec une clarté qui fait réfléchir : « Ce congrès, c’est le seul moment où j’ai pu travailler avec des scientifiques. D’habitude je suis terrifiée de les aborder. Ici, on est à égalité dans ce dialogue entre jeunes et scientifiques. » Elle travaillait dans le groupe canicule marine. Elle s’inscrit en santé publique l’an prochain.
C’est peut-être là, dans cette phrase d’Adèle, que l’éducation populaire se distingue le plus nettement : elle crée les conditions d’un dialogue horizontal que les structures habituelles ne permettent pas.
Ce qui m’a touchée : François Sarano et « les courants qui nous lient tous »
La conférence de clôture était ouverte au public. François Sarano, cofondateur de Longitude 181, a ouvert par une affirmation simple, qui n’appelle pas de réfutation : « Il n’y a pas d’autre choix que de préserver notre maison commune. » Puis il a déroulé, avec la précision de l’océanologue qu’il est, ce que signifie le réchauffement de 1°C des eaux de surface depuis 1982 : des équilibres bouleversés, des terres trop salées ou submergées, des populations qui devront partir.
Mais ce qui restera, c’est moins le plaidoyer scientifique que la façon dont il l’a articulé autour d’une idée : les courants nous lient tous. L’océan n’est pas une ressource, ni un réservoir. Il est ce qui relie tous les continents, tous les espaces habitables. Et cette conscience du lien, dit-il, doit s’étendre aux êtres humains.
Il nous a montré des images de Lady Mystery, un grand requin blanc à quelques centimètres duquel il a nagé quelques minutes. Puis une vidéo de dix minutes dans laquelle Eliot, un jeune cachalot l’interpelle et tente de l’apprivoiser, jouant avec lui, dans une zone où Longitude 181 plonge régulièrement avec son clan de dix-sept individus. Un long moment de paix entre deux mondes qui ne se comprennent pas, mais qui se reconnaissent. Qui sont en lien. Comme le dit cette phrase, prononcée vers la fin, que je n’oublie pas : « Nous sommes nos liens avec les autres. Nous ne sommes que ces liens. »
« C’est une expérience qui touche l’âme », a-t-il dit. « Ce n’est pas de la ressource, c’est cela qu’il faut mettre sur le bureau des ministres. »
Ce que je retiens, au-delà des éco-gestes
Le chercheur a prononcé une fois le mot « distraction », presque en passant. Mais je l’ai entendu. Est-ce la distraction qui empêche le monde d’agir ? C’est la question qu’il laissait dans la salle, sans y répondre tout à fait, ce qui est souvent la marque des conférences qui comptent.
Ce que François Sarano oppose à la crise, ce n’est pas d’abord un programme de mesures. C’est une posture : l’ouverture au sauvage, l’expérience authentique, la capacité d’accueil, des autres espèces comme des autres humains qui devront migrer.
L’éducation populaire là-dedans ? Hé bien, elle crée les conditions d’une connaissance directe, d’un dialogue sans hiérarchie, d’une curiosité qui n’a pas besoin d’un diplôme pour s’exercer. Ce congrès en était une illustration, avec ses jeunes qui posaient leurs questions et les élaboraient sans crainte, et ses chercheurs qui s’y investissaient à plein.
On est au-delà de l’urgence, j’en suis rentrée persuadée. Mais je suis aussi rentrée convaincue que l’océan donne à ceux qui l’entendent des réponses que l’on n’entend pas ailleurs. Et c’est pour cela que j’en parle sur ce blog.
François Sarano, cofondateur de Longitude 181 avec Véronique Sarano.
Marie Barbieux, coordinatrice scientifique des Petits Débrouillards PACA — profil.
Denis Lacroix, délégué à la prospective à l’Ifremer — profil.
Article publié le 13 septembre 2026 — Cécile Cabantous, rédactrice SEO, Aux ancres du web

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